le 18 mars 2012 dans Blog par Clément
Si Android autorise la distribution d’applications via d’autres plateformes que le « market officiel » (pensons par exemple à l’Amazon AppStore), Apple lui n’autorise officiellement que la distribution d’applications destinées à l’iPhone et à l’iPad via l’AppStore. Par conséquent les applications mises en avant, soit par le choix « éditorial » d’Apple, soit par un positionnement dans le TOP10 ou le TOP100 sont celles qui auront le plus de succès, car elles jouissent une visibilité incroyable. Beaucoup d’entreprises l’ont compris et exploitent le filon… Explications.
Si vous êtes possesseur de smartphone ou de tablette, il vous arrive peut-être de temps en temps jetez un oeil sur l’AppStore (Apple) ou le market (Android) pour voir les nouveautés ou les applications qui pourraient vous intéresser. Sans but précis, vous parcourrez les applications mises en avant par le store ou les applications les mieux classées.
Le classement des applications
Je ne connais pas le détail de l’algorithme exact qui permet d’établir ces classements, mais ce que j’en sais, c’est que sont pris en compte les téléchargements « récents ». Cela signifie qu’une application téléchargée 1 millions de fois en 5 ans pourraient être moins bien classée qu’une application téléchargée mille fois en 5 jours. C’est assez normal, car sans ça, une application extrêmement populaire (Facebook ou Twitter par exemple), monopoliserait le haut du classement et les nouveautés n’auraient aucune chance de se faire une place.
Or, il est vital pour une société qui a basé son business model sur la vente (ou l’utilisation) de son application, de figurer en haut des classements. Et il y a plusieurs sortes de classements :
- Le classement par catégorie (Voyage, Divertissement, Société, Productivité, etc.)
- Le classement général des applications gratuites
- Le classement général des applications payantes
- Le classement général des applications les plus rentables (dont l’intérêt reste à comprendre pour le grand public, même s’il m’intéresse en tant que développeur)
- etc.
S’il est forcément bénéfique d’être bien positionné dans le classement par catégories, les classements généraux sont plus intéressants car sont mieux mis en valeur sur les « stores ». Il faut plusieurs clics pour accéder aux classements par catégorie d’applications alors que les classements généraux sont directement accessibles sur les pages d’accueil des stores. C’est donc sur ces classements qu’un positionnement est le plus bénéfique puisqu’ils offrent la meilleure visibilité. Et c’est d’ailleurs ce que confirme cet article de Business Week (en anglais), en précisant que 63% des téléchargements sont fait à partir des pages d’accueil des stores. Un bon positionnement à cet endroit et c’est le jackpot.
Comment figurer dans le haut du classement de l’AppStore ?
Posée comme cela et en rapport avec les informations des paragraphes précédents, la réponse à cette question se révèle simple : faire en sorte qu’un maximum d’utilisateurs la télécharge dans un laps de temps assez court.
Pour arriver à cette finalité, il faut livrer une application :
- Simple, conviviale, intuitive et bien conçue
- Destinée à un public large
- Si possible addictive, pour inciter les gens à l’utiliser régulièrement (surtout si la rémunération est basée sur la publicité), ça facilite le bouche-à-oreille
Mais toutes ces qualités ne garantissent malheureusement pas un bon positionnement dans les classements. En effet, si votre application est la meilleure au monde, une vraie « Killer App » (« l’application qui tue »), si personne ne la connaît, elle restera perdue au milieu des millons d’applications présentes.
Alors il faut savoir bien communiquer dessus. Et pour communiquer il y a deux solutions :
- Soit on a de l’argent et on investit dans une campagne de pub de grande envergure
- Soit on a pas d’argent et on fait avec les moyens du bord (réseaux sociaux, membres influents, communication très ciblée…)
Dans tous les cas, cela demande d’investir du temps et/ou de l’argent.
Les raccourcis pour grimper dans les classements
Et pourtant, malgré tout ça, on retrouve certaines applications à l’intérêt très limitées, que l’on télécharge, teste et efface presque immédiatement, se retrouver en haut des classements, bien notées, aux avis très (trop ?) positifs. Comment cela se fait-il ?
Et bien c’est très simple : certaines sociétés vendent leurs services pour garantir à l’éditeur/développeur un bon positionnement dans les classements, en programmant des « robots » ou, pire, en (sous-) payant des personnes (souvent en Chine ou dans des pays défavorisés en en voie de développement). Ces robots ou ces personnes sont chargées de créer des comptes iTunes ou Android Market, télécharger les applications des milliers de fois par jour avec autant de faux comptes différents, à chaque fois attribuer une bonne note (5 étoiles, ou seulement 4, pour faire plus vrai) et déposer un commentaire très positif (qu’ils se content de copier/coller à partir d’une base de commentaires parfois générés informatiquement).
Aucun chiffre officiel ne circule sur le montant de ces prestations, mais elles peuvent tourner autour de 5 ou 10 000 € par application. Un montant qui peut paraître élevé pour un utilisateur mais qui ne représente finalement pas grand chose pour un grand éditeur, à comparer à des campagnes de communication qui peuvent s’élever à plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros.
En tous cas ça rapporte gros à ces sociétés peu scrupuleuses : GTekna, l’une d’entre elles, déclare avoir gagné en 2011 plus de 2 000 000 de dollars rien qu’avec ce marché. Mais elles sont pas plus fautives que les éditeurs ou développeurs qui font appel à leurs services…

Conséquences
En soit, ces manipulations ne seraient pas trop gênantes si elles permettaient à d’excellentes application d’émerger et se faire connaître. Malheureusement, ce ne sont très souvent que des applications payantes, bâclées et sans trop d’intérêt qui bénéficient de ces manipulations.
L’utilisateur, lui, attiré par les notes et critiques positives débourse quelques euros avant de se rendre compte que l’application n’est pas aussi « Géniale!!!!! », « Indispensable », « C’est trop de la balle ! Achetez ! », « Pas assez chère !!!! » qu’indiquée, vous l’aurez compris, dans les avis. Il a le sentiment de s’être fait avoir et sera méfiant de tous les avis et n’accordera plus de crédit aux applications très bien notées et très téléchargées. Cela pourrait donc provoquer à terme une méfiance qui freinera les téléchargements et donc empêchera encore d’avantage les applications excellentes mais peu connues de se faire une place parmi les 25 milliards de téléchargements totalisés par les applications iOS depuis le lancement de l’AppStore.

Que font Apple et Google ?
Si Google ne s’est, à ma connaissance, pas encore officiellement exprimé sur la question, Apple met en garde les développeurs ayant recours à ces sociétés. La firme californienne les menace en effet de suspendre définitivement leur compte permettant de distribuer leurs applications.
Par ailleurs, elle aurait modifié son algorithme pour notamment prendre en compte l’utilisation de l’application en plus du nombre de téléchargements, partant du principe qu’une application téléchargée mais également utilisée un grand nombre de fois doit être une bonne application et mérite donc un bon classement.
Si l’on pourrait penser d’un premier abord qu’Apple pourrait finalement laisser faire, dans la mesure où une application téléchargée rapporte 30% du montant d’achat, elle a intérêt qu’elle soit téléchargée de nombreuses fois, peut importe que ce soit par des utilisateurs légitimes ou des robots. Mais la firme de Cupertino doit savoir que si les utilisateurs sont mécontents, à court terme ils téléchargeront moins d’applications et le CA liés au ventes d’applications, qui rapportent gros à Apple pourrait diminuer significativement.
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